Soutenir l’autre sans se sacrifier

Se sentir impuissant face à la souffrance de l’autre

Ces dernières semaines, je n’ai pas été très présente dans mon activité, parce que la vie étant ce qu’elle est parfois, je traverse l’épreuve d’être dans une posture d’impuissance face à la souffrance d’une personne proche.

Je pense que nous vivons presque toutes et tous, au moins une fois dans notre vie, cette situation : voir quelqu’un souffrir, se débattre avec ses émotions, sa santé, ses choix ou certaines situations de vie… et sentir à quel point, malgré tout l’amour que l’on porte à cette personne, nous n’avons pas le pouvoir de changer les choses à sa place.

Le désir d’aider… et la réalité de ses limites

Quand on aime quelqu’un qui souffre, quel que soit le lien  (enfant, conjoint, proche de la famille, ami·e… ) cela vient toucher quelque chose de très humain en soi : l’envie d’aider, de protéger, d’apaiser, de trouver une solution.

Et pourtant, il y a parfois des situations où aucune parole, aucun conseil, aucune présence même ne semble pouvoir “résoudre” ce qui est en train d’être vécu. Parfois, au contraire, la personne se coupe d’elle-même, rejette en partie ou totalement votre aide… voire vous rejette vous-même.

Dans ces moments-là, je remarque à quel point il est facile de se laisser absorber par la peur, le découragement, l’angoisse, la tristesse, ou même la colère… pour toutes sortes de raisons.

On peut finir par regarder l’autre uniquement à travers sa souffrance, au point d’oublier qu’il existe aussi en lui quelque chose de plus profond, de plus vivant, de plus vaste que ce qu’il traverse actuellement.

Soutenir sans se sacrifier

Ce que je suis en train d’apprendre, tant bien que mal, avec des jours où ça marche mieux que d’autres, c’est comment être présente sans me perdre.

Comment faire ou dire ce qui est juste sans en faire trop ? Comment aimer sans “vouloir” pour l’autre ? Comment soutenir sans porter ? Et dans certaines situations, la question est aussi de rester attentive à ses propres limites.

Il y a un équilibre très subtil à développer : rester ouverte sans tout absorber, être là sans se sacrifier, garder le cœur ouvert sans perdre son ancrage.

Prendre soin, dans mon journal, de ce que la situation réveille en moi

Ce qui m’aide beaucoup en ce moment, c’est de travailler ce que la situation vient réveiller en moi, autant que possible. Autant dire que je passe pas mal de temps dans mon journal 😉

Parfois, je m’y dépose en amont, avant une rencontre ou un échange, car je peux déjà sentir monter de l’anxiété, du découragement, de la fatigue, etc.

Très souvent, c’est après également que je m’y dépose, quand je me rends compte que j’ai été chahutée par ce qui s’est passé, par la souffrance de l’autre, par certaines paroles, certains comportements, ou simplement par l’intensité de la situation.

Ce travail m’aide à faire un peu plus la part des choses entre ce que la relation me reflète, ce que la situation vient toucher en moi, et ce qui appartient vraiment à l’autre.

Tout ça, pour arriver autant que possible, dans la relation avec un peu plus d’ancrage, un peu plus de cohérence intérieure, et un système nerveux un peu plus stable.

À partir de là, j’ai plus de chances d’agir depuis un endroit juste, plus stable, moins envahi émotionnellement. Je ne maîtrise pas ce qui va se passer, ni la réaction de l’autre, ni l’évolution de la situation. Mais je peux essayer de prendre soin de l’état intérieur depuis lequel je vais entrer en relation.

La co-régulation : ce que notre état intérieur transmet

On sait aujourd’hui, notamment grâce aux recherches sur les neurones miroirs et le système nerveux, à quel point les êtres humains se co-régulent en permanence… pour le meilleur comme pour le pire.

Nos états intérieurs se répondent. C’est pourquoi, lorsque l’on se trouve en lien avec une personne en souffrance, ou avec un état intérieur chaotique, il est d’autant plus nécessaire de prendre soin de son propre système nerveux et de rester dans son axe, pour ne pas être embarqué, par effet miroir, dans son état à elle.

Alors, quand je travaille à stabiliser mon propre système nerveux, je ne le fais pas seulement “pour moi”. Ma façon d’être présente peut participer, même modestement et imparfaitement, à créer autour de moi un peu moins de tension et un peu plus de sécurité.

Des outils créatifs pour stabiliser son système nerveux

Au passage, j’en profite pour vous dire qu’avec Cécile Bertrand, nous avons créé des formations professionnelles mêlant psychotraumatologie et Journal Créatif®.

Nous y transmettons des outils très concrets, corporels, émotionnels et créatifs, pour les professionnel·les qui souhaitent mieux comprendre le fonctionnement du cerveau et du système nerveux, et transmettre à leur tour des outils de stabilisation émotionnelle à leurs publics.

Plus d'info sur nos formations

Et maintenant exprimons-nous!

Soutenir l'autre depuis son axe...sans se perdre

Voici un processus que l’on peut faire simplement en visualisation, mais qu’il est aussi possible de déposer dans son journal pour l’ancrer davantage.

Je pense que ce type de processus est particulièrement adapté lorsque l’on accompagne une personne qui traverse une souffrance psychique, ou une situation dans laquelle sa propre force intérieure et son élan de vie ont un rôle important à jouer : une addiction, une dépression, une période de grande confusion, des comportements autodestructeurs, un burn-out profond, une perte de sens, certains troubles psychiques, ou toute situation où la personne semble avoir perdu le lien avec sa lumière intérieure, sa stabilité ou sa capacité à avancer.

Pour des situations où la personne vit une maladie physique ou un accident de la vie, il faudrait probablement adapter certains mots et certaines intentions, car il ne s’agit pas ici de “vouloir guérir” au sens simpliste du terme. Dans ce cas, le processus pourrait plutôt soutenir la paix intérieure, la force, la dignité, la douceur, la présence ou l’accompagnement du chemin vécu.

L’objectif n’est pas de contrôler l’autre, ni de décider pour lui. Il s’agit plutôt de créer en soi un état de cohérence, de stabilité et d’amour, puis de se relier intérieurement au potentiel de lumière, de stabilité et de vie qui existe encore en cette personne.

C’est comme une “prière visuelle”, libre de toute religion : une manière d’envoyer dans l’invisible une information de confiance, de soutien et d’amour.

Processus créatif

Soutenir l'autre...depuis son axe

1. Préparer l’espace

Installez votre journal, quelques couleurs, une bougie si vous aimez, une image ou un objet qui vous relie symboliquement à cette personne. L’idée est simplement de créer un petit espace de présence.

2. Stabiliser son système nerveux

Prenez trois cycles de respiration :

  • inspirez sur 4 temps ;
  • retenez sur 4 temps ;
  • expirez sur 8 temps par la bouche, en ralentissant doucement le souffle.

À l’inspiration choisissez une phrase qui vous parle (ou adaptez-la selon votre envie) :

« J’accueille l’amour dans mon cœur. »

« J’accueille la paix dans mon cœur. »

« J’accueille la confiance. »

« Je laisse entrer la lumière. »

« J’accueille la stabilité intérieure. »

Pendant la rétention :

Imaginez cette énergie s’ancrer dans le cœur, rayonner, s’expanser à l’intérieur de vous ;

À l’expiration, choisissez une phrase qui vous parle (ou adaptez-la) :

« Je lâche ce que je ne peux pas contrôler. »

« Je relâche la peur. »

« Je rends ce qui ne m’appartient pas. »

« Je laisse partir la tension. »

L’idée n’est pas de “bien faire” ou d’être parfaitement calme mais simplement d’aider le corps et le système nerveux à revenir progressivement vers un état un peu plus stable avant de commencer le processus.

3. Représenter la personne dans le journal

Dessinez la personne de manière très simple. Un bonhomme-bâton serait parfait. 

Puis imaginez-la dans un espace lumineux.

Vous pouvez ajouter :

  • une bulle de lumière autour d’elle ;
  • des couleurs qui entrent dans son corps et autour d’elle ;
  • une spirale dorée qui monte des pieds jusqu’à la tête ;
  • un sol sous ses pieds pour symboliser la stabilité ;
  • un sourire, une posture calme, une lumière dans le cœur ;
  • des mots-clés : force, paix, clarté, courage, protection, confiance.

Vous pouvez aussi chercher dans un magazine une image qui représente la force (ou une autre qualité) que vous souhaitez lui offrir symboliquement pour avancer sur son chemin.

4. Dire ou écrire une phrase de reliance

Vous pouvez ensuite écrire ou dire à voix haute un texte adaptée à la situation. Vous pouvez vous inspirer de cet exemple si besoin :

« [Prénom], je me connecte à la part de toi qui désire véritablement avancer et retrouver son équilibre.

Je ne force pas ton chemin. Je ne porte pas ta douleur.

Je cultive en moi un état de calme, de confiance et de stabilité que je t’envoie avec amour.

En cet instant, je me relie à ta part la plus vivante, la plus profonde, la plus lumineuse.

Je te vois au-delà de ce que tu traverses.

Je te crois capable.

Je me relie à ta lumière intérieure. »

L’essentiel est de rester dans une énergie de soutien. 

5. Clore le processus

Pour terminer, vous pouvez poser une phrase de clôture du genre :

« Je relâche l’attente et je garde l’amour.

Que ta lumière intérieure te montre ton chemin. »

Puis prenez un instant pour revenir à vous : Respirez. Sentez vos pieds, votre corps, votre espace intérieur. Et laissez le processus se déposer.


Voilà les ami·es, j’espère que ce processus vous aura procuré une forme d’apaisement, comme j’ai pu le ressentir moi-même en le faisant ❤️

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Emily Hawkes
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